Résumé du Temps de rencontres du 15 avril 2026
Créer et animer une communauté d’aidants aux usages numériques en nord-ouest Essonne
Organisé par l’association CATON
📍 CentraleSupélec, 3 rue Joliot-Curie
Gif-sur-Yvette
Ce temps de rencontre s’est tenu le mercredi 15 avril 2026 à CentraleSupélec (Gif-sur-Yvette), de 13h à 16h.
Il était modéré par Pierre Manil (membre fondateur de CATON, ingénieur-chercheur au CEA, conseiller municipal à Gif-sur-Yvette).
Accueil institutionnel


- Romain Soubeyran, directeur général de CentraleSupélec, a ouvert la rencontre en soulignant qu’il s’agit « d’un événement qui s’inscrit pleinement dans les valeurs portées par CentraleSupélec : performance scientifique, innovation, ouverture et responsabilité sociale », se disant heureux d’accueillir cette initiative dans ses locaux.
- Yann Cauchetier, maire de Gif-sur-Yvette, président de VITA-LIS Mission Locale Paris-Saclay, et trésorier de la MEIF Paris-Saclay, a rappelé que la commune « s’enorgueillit de la présence de pôles d’excellence scientifique sur son territoire, dont CentraleSupélec est un fleuron ». Il a souligné que les valeurs portées par ce temps fort consacré à l’inclusion numérique étaient pleinement en cohérence avec celles de la commune, notamment en matière de responsabilité sociale et de proximité avec les habitants.
Propos introductifs

Bernard Vergnes, membre fondateur de CATON et ancien habitant de Gif-sur-Yvette, a partagé un témoignage marquant retraçant son parcours d’ingénieur Supélec et de pionnier de l’informatique. Fondateur de Microsoft France aux Ulis en 1983, puis directeur général de Microsoft Europe, il s’est présenté comme un témoin privilégié de l’évolution rapide du numérique : des premiers microprocesseurs à l’ordinateur personnel – dont le premier est né aux Ulis – jusqu’à l’essor d’Internet et des réseaux sociaux.
Il a souligné la croissance exponentielle des technologies, illustrée par la « loi de Moore » (1965), ainsi que leur diffusion massive dans la vie quotidienne. Il a également insisté sur le fait que l’informatique, désormais connectée, ne peut plus être dissociée des enjeux sociaux et des risques associés (cyberattaques, manipulation de l’information, dépendance aux usages numériques, etc.).
Présentation des nouvelles fonctionnalités de la plateforme CATON

Martial Chevreuil, vice-président de CATON en charge des relations universitaires, a présenté les nouvelles fonctionnalités du site de CATON, destinées à faire de cette plateforme un espace collaboratif au service des aidants numériques du nord-ouest de l’Essonne.
Ces développements ont été réalisés par deux étudiantes et un étudiant de CentraleSupélec, sous le mentorat de l’association Latitudes. Ils comprennent notamment :
- un forum d’échanges,
- un espace de partage de ressources et de soutien entre aidants numériques,
- un outil de suivi des orientations vers les services de médiation numérique, facilitant la mise en relation entre orienteurs et médiateurs.
Une table ronde a ensuite permis d’explorer les freins psychologiques et sociaux à l’usage du numérique et d’identifier des pistes d’actions concrètes pour les dépasser
- Présentation d’une étude de novembre 2025

Lucie Brice Mansencal a présenté, au nom du CREDOC, du CREAD et de l’ANCT, l’étude intitulée « Comprendre les freins psychosociaux à l’usage du numérique » (2025).
Cette étude met en évidence un paradoxe :
- 66 % de la population considère que le numérique facilite la vie quotidienne,
- mais 65 % expriment des craintes vis-à-vis de son utilisation.
Le rapport au numérique demeure donc ambivalent et fortement différencié selon les profils socioéconomiques.
Les freins techniques restent minoritaires (population de 18 ans et plus) :
- 8 % ne possèdent pas d’équipement,
- 9 % ont un accès limité ou difficile à Internet,
- 12 % disposent d’équipements obsolètes,
- 22 % ne maîtrisent pas suffisamment les outils,
- 59 % ne rencontrent aucun frein technique particulier.
Trois grandes catégories de freins non techniques ont été identifiées :
- Freins de protection (47 %) : crainte des risques (arnaques, escroqueries, diffusion de données personnelles), y compris chez ceux qui n’en ont jamais été victimes.
- Freins socioculturels (40 %) : sentiment de décalage par rapport à une norme numérique perçue.
- Freins à l’adhésion (20 %) : rejet, saturation ou désintérêt vis-à-vis du numérique.
Quatre profils d’usagers se dégagent :
- les « réfractaires » (7 %),
- les « empêchés » (18 %),
- les « inquiets » (37 %),
- les « technophiles » (37 %).
- Appropriation du numérique par les seniors

Pierre Manil a également relayé les travaux d’Alyse Yilmaz, cofondatrice de Tisselia, portant sur l’appropriation du numérique par les seniors.
Ses recherches montrent que le principal frein est d’ordre psychosocial : manque de motivation, représentations négatives, sentiment que « ce n’est pas pour eux ».
Elle met en évidence un phénomène de « maîtrise éphémère » : les formations permettent d’acquérir des gestes techniques, mais sans renforcer durablement la confiance ni les usages, les compétences s’estompant en dehors du cadre d’apprentissage.
Pour favoriser une appropriation durable, elle recommande :
- un accompagnement personnalisé ;
- un apprentissage ancré dans des besoins concrets ;
- des formations réalisées sur les équipements personnels des usagers ;
- une démarche fondée sur la répétition et la valorisation des réussites.
Le rôle des aidants de proximité apparaît ainsi central pour transformer l’apprentissage en véritable autonomie.

- Témoignage de Christelle Honoré, coordinatrice numérique à la MEIF Paris-Saclay et animatrice de l’espace intercommunal « Place du Numérique » (PDN) situé à Massy, observe parmi les publics accueillis une forte croissance des demandes d’aides liées à l’utilisation des services publics en ligne alors même que ce n’est pas la vocation première de cette structure, ni la raison d’être des “conseillers numériques”.
Elle souligne la surcharge qui en résulte pour les associations, lesquelles devraient pouvoir être d’avantage « déchargées » afin de se concentrer sur leur activité principale, sans être submergées par les démarches administratives ou le manque de matériel. Elle évoque notamment les soutiens matériels apportés par la PDN aux publics accompagnés par l’association APASO afin que cette association puisse se concentrer pleinement à ses missions d’écoute et d’accueil.
Elle partage également le constat des difficultés rencontrées par ses publics à s’inscrire de façon durable dans un véritable parcours vers l’autonomie numérique. Elle estime que les raisons sont multiples et relèvent souvent de freins psychosociaux.
Résumé des échanges avec les participants
Les échanges avec les participants ont fait émerger plusieurs constats largement partagés :
- un large consensus sur les conséquences de la dématérialisation des démarches administratives, ce qui place de nombreux publics en difficulté pour les effectuer, entrainant un « report de charge croissant sur les associations » comme le souligne entre autres le Défenseur des droits ;
- les limites des plateformes numériques des services publics en ligne dont les interfaces changent fréquemment et demeurent souvent insuffisamment accessibles, lisibles ou intuitives pour les usagers ;
- la multiplication des demandes d’aide à l’usage des services publics numériques, liées aux difficultés croissantes d’accéder à des personnes physiques de ces services.
- la nécessité de mieux clarifier les rôles de chaque aidant numérique auprès des habitants des communes, notamment face à l’augmentation de ces demandes. Par exemple, les « formateurs » et les « conseillers numériques » ont principalement pour mission d’aider les usagers à prendre en main les usages numériques du quotidien, tandis que les « conseillers France services » accompagnent plus spécifiquement les habitants dans la réalisation de leurs démarches administratives en ligne ; les «Aidant Connect» ont un statut particulier qui leur permet d’agir pour le compte d’un usager via un mandat validé par ce dernier.
– les difficultés à mobiliser durablement les personnes dans des parcours de formation et de montée en compétence numérique, au-delà de la réponse immédiate à une difficulté ponctuelle ;
– la prise en compte encore insuffisante des enjeux spécifiques liés aux situations de handicap, et particulièrement lorsqu’il s’agit de handicaps invisibles, ce qui a été rappelé par Thomas Fauvel, ancien président de l’association 100% Handinamique et membre du CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées).
Conclusion et perspectives
Ces échanges ont mis en évidence plusieurs besoins prioritaires afin d’améliorer l’accompagnement des publics confrontés aux difficultés numériques :
- clarifier les rôles des différents intervenants auprès des publics ;
- rendre les parcours d’accompagnement plus lisibles et plus cohérents ;
- améliorer l’orientation des publics, vers les structures d’accompagnement numérique les plus adaptées à leurs besoins ;
- développer l’interconnaissance entre les acteurs du territoire qui agissent en faveur de l’inclusion numérique ;
- favoriser le développement de synergies territoriales entre les différents dispositifs et intervenants pour garantir une réponse plus coordonnée et plus efficace.
Ils ont également souligné l’importance de mobiliser les publics en situation de fragilité numérique dans des parcours d’accompagnement « non éphémères », grâce à l’implication des encadrants, animateurs et bénévoles des structures sociales et solidaires — dits « relais orienteurs ». Par leur proximité avec les publics accompagnés, ces relais sont en capacité de mieux identifier les freins rencontrés, de rassurer les personnes et de les orienter vers les dispositifs adaptés, sans pour autant se substituer aux professionnels de la médiation numérique.
Les échanges ont ainsi contribué à renforcer la dynamique en faveur de l’inclusion numérique, mise en évidence tout au long de ce temps de rencontre. Ils ont également confirmé l’intérêt de développer et d’animer une communauté élargie « Aidants Numériques Nord-Ouest Essonne », réunissant médiateurs numériques, collectivités territoriales et relais orienteurs.
Cette dynamique collective pourrait notamment s’appuyer sur des soutiens renforcés apportés aux relais orienteurs au sein des structures sociales et caritatives.
En conclusion,
Jean FELIX, président fondateur de l’association CATON, a rappelé au nom de tous ses membres qui l’animent, et de ses partenaires, la poursuite du cycle de sessions de soutien initié au sein de la PDN.
Les participants ont été invités à faire vivre cette communauté d’aidants et à contribuer à un nouveau défi : l’organisation d’une seconde édition du NEC Paris-Saclay, prévue en novembre 2026. Cette journée sera portée par CATON aux côtés de deux coporteurs, l’Université Paris-Saclay et l’agglomération Paris-Saclay, avec le soutien de l’ANCT et de plusieurs collectivités territoriales.
La rencontre s’est ensuite poursuivie par la visite de l’exposition photographique « Et si on changeait de regard ? – Seniors et numérique », proposée par l’association « La Plume Grise ». Cette exposition a offert un éclairage artistique particulièrement pertinent en résonance à ce temps de Rencontre, en mettant en scène avec sensibilité et humour, des seniors utilisant les outils numériques dans leur vie quotidienne.
Enfin, un moment convivial autour d’un verre de l’amitié est venu clôturer ce temps de Rencontre.

